Personnages

Zeckie (Zan 432)

Identification: Zan 2259-826-1935-0-432

Zeckie est une jeune Gaïenne qui étudie dans le but de devenir une agente interdimensionnelle de niveau Saïna. Elle s'impose une discipline militaire et a appris à étouffer toute émotion qui nuirait à ses rendements. Cependant, Zeckie sait au fond de son coeur qu'elle est différente des autres Gaïens et sa rencontre avec de jeunes terriens le lui confirmera. Elle a trouvé son surnom en voyant l'affiche d'une ZEC.

Kazuo

Sportif émérite et élève modèle, Kazuo cache pourtant un lourd secret. Capitaine de l'équipe de soccer locale, il n'est comblé ni par ses succès ni par sa popularité. Sa rencontre avec Zeckie marquera un point tournant dans sa vie. Son père est d'origine japonaise.

Béatrice

Petite et futée, Béatrice est un véritable génie et son passe-temps préféré est de construire des robots... Altruiste, elle s'adonne à plusieurs activités parascolaires dont un atelier de tutorat en mathématiques. Elle est aussi présidente du Cercle d'Asimov, un club de mordus de robotique. Elle est amoureuse de Jimmy depuis sa tendre enfance mais n'a jamais eu le courage de lui avouer. Elle a un chat nommé Isaac.

Jimmy

Rebelle et solitaire, ce grand efflanqué ne se plie à aucun règlement et ne se fie qu'à ses impulsions... Son talent pour le dessin et la sculpture est peu connu car il n'y a que Béatrice qui réussisse vraiment à le percer à jour. Il est passionné de films d'horreur et son animal de compagnie est une tarentule.

 

 

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Extrait

de

Zeckie Zan

 

 

Un homme sortit en courant par la porte qui communiquait entre les wagons du train. La sueur perlait sur son visage effrayé. C’était un personnage quelconque, à la physionomie banale aux grands membres flasques. Pas le genre d’individu habituellement mêlé à des histoires.

 D’un pas rapide, l’homme continua son chemin dans l’allée bordée de sièges sans accorder d’importance aux passagers qui y prenaient place. De l’issue qu’il venait d’emprunter surgit un autre personnage mystérieux. L’homme se tourna avec un hoquet, terrifié par cette apparition, puis recommença à courir. Les gens chuchotèrent, alarmés par cette poursuite. Le nouvel individu, drapé d’une cape noire, avançait avec détermination. Celui-ci tira un sabre brillant de sa gaine et le pointa en direction de l’homme qui essayait de passer dans le wagon suivant. La porte bloquée le retarda et le personnage au sabre l’intercepta. La lame s’abattit sur le bras de l’homme, et du sang bleu s’écoula de la plaie. Surpris, les passagers du train poussèrent des exclamations.

La terreur régnait à bord. Affaibli par sa blessure, l’homme s’agrippa à la cape du sombre individu et lui retira de force son capuchon. Il dévoila une jeune fille de quatorze ou quinze ans, à la chevelure platine et au visage stoïque. Ignorant les supplications de l’homme hébété, l’adolescente lacéra le torse de sa victime d’un grand geste de sa lame.

Des cris stridents accompagnèrent cette attaque. La peau de l’homme tomba sur le sol, tel un manteau délaissé. De ce camouflage jaillit une créature immonde, au corps spongieux et souple, et aux bras tentaculaires. Cette bête à l’épiderme iridescent n’avait ni yeux ni bouche, qu’une longue protubérance à l’extrémité dentelée. L’étrange trompe flagella l’air sans atteindre la jeune fille qui exécuta un spectaculaire saut arrière et se mit hors de portée du monstre. Au bracelet de son bras gauche, doté d’un ordinateur portatif, elle appuya sur plusieurs touches. Un portail lumineux s’ouvrit dans l’air.

Aspirée par le vortex, la créature tenta de se retenir aux sièges et lâcha un gémissement aigu, quasi imperceptible. Le trou immatériel se referma sur elle avec un bruit de succion, l’envoyant dans une autre dimension.

Le silence se fit alors dans le wagon et, atterrés, les passagers se tournèrent vers la jeune fille. Fasciné, un garçon sortit un appareil photo. Prise de court, l’adolescente leva la main devant elle pour cacher son identité. Elle courut vers la porte du wagon, laissant derrière une petite boule scintillante suspendue dans l’espace. Intrigués, les passagers oublièrent celle qui fuyait pour observer de plus près cet orbe hypnotisant. La sphère translucide éclata soudain en mille morceaux, émettant un flash aveuglant, et les gens à bord de ce wagon s’évanouirent.

Plus loin, la jeune fille franchit au pas de course les cloisons séparant les wagons, sous l’œil étonné des autres voyageurs. Elle arriva au bout du train et, d’un coup de sabre, coupa le cadenas qui retenait la dernière porte.

Elle se retrouva à l’extérieur, sur un balconnet de métal, le vent fouettant son visage toujours inexpressif, puis s’élança dans les airs. Elle atterrit sans perdre pied sur la voie ferrée et poursuivit sa course dans la prairie qui longeait les rails. Avec une cadence soutenue, elle traversa des forêts et des marécages jonchés d’ordures jusqu’à ce qu’elle parvienne à ce qui semblait être un entrepôt désaffecté.

Au bas d’un escalier de béton, elle ouvrit la porte du sous-sol et franchit une brèche lumineuse. Elle fut alors transportée dans un autre monde.

Cette nouvelle dimension n’avait rien de celle de la Terre, que la jeune fille venait de quitter. Aucun déchet ne perturbait l’environnement. Dans ce monde aseptisé, tout était réutilisé et recyclé.

Dès sa sortie du vortex, l’adolescente s’arrêta, à peine essoufflée et bien droite, dans une salle au décor épuré, face à une série de juges assis à une table de pierre en demi-cercle. Une grande femme aux longues boucles noires et aux yeux sombres présidait le jury. Son nez légèrement aquilin lui donnait la prestance d’un oiseau de proie. Elle prit la parole.

— Numéro 2259-826-1935-0-432.

— Oui, Saïna 263, répliqua la jeune fille en bombant le torse et en levant la main droite près de son visage en signe de salutation.

— Vous avez complété votre mission d'entraînement en une heure quarante-sept minutes et douze secondes, ce qui, en somme, est honorable, continua la Saïna 263.

— Merci, Saïna, souffla la jeune fille en inclinant la tête.

— C’est votre seul point fort, reprit la Saïna avec un air mauvais.

La jeune fille frémit.

— Vous avez obtenu cinquante-deux pour cent pour votre efficacité, cinquante-sept pour cent pour votre habileté et votre maîtrise du sabre, et je dois vous donner un piètre douze pour cent pour la discrétion!

— Mais Saïna… débuta la jeune fille pour plaider sa cause.

La Saïna rougit de colère.

— Vous n’avez aucun droit de réplique devant ce tribunal! Vous ne pouvez en aucun cas discuter les notes! Vous n’êtes qu’une élève, et très mauvaise en l’occurrence! Pour cette interruption, je baisserai votre note finale.

— Saïna 263, il faudrait peut-être tenir compte du degré de difficulté de l’exercice pour une élève du niveau de Zan 432, intervint un des juges, un homme rond et chauve au visage bienveillant.

— Saonu 774, dois-je vous rappeler à vous aussi que je suis la présidente de ce jury? Mettriez-vous en doute ma compétence? persifla la Saïna.

— Euh… non, Saïna.

— Estimons-nous chanceux! Si cela avait été une véritable mission et non un exercice dans un décor virtuel, vous auriez pu déclencher une catastrophe ou un mouvement de panique, Zan 432! Et n’avez-vous pas appris que les orbes amnémoniques effacent la mémoire des gens à court terme et qu’ils laissent intactes les pellicules photo? Ce garçonnet aurait pu vous photographier si vous aviez réagi une seconde et quatorze centièmes plus tard! Enfin, vous avez grièvement blessé le Mycoloïde! Or, vous deviez l’envoyer dans sa dimension sans lui causer de torts.

La jeune fille du nom de Zan 432 inspira profondément. La Saïna poursuivit.

— Zan 432, vous avez échoué votre examen de passage au prochain niveau. Vous avez encore beaucoup de choses à assimiler avant de progresser. Pour cette misérable performance, je vous condamne non pas à retourner sur les bancs d’école ou à renouveler vos ateliers de sabre, mais plutôt à vivre quelque temps dans la vraie dimension de la Terre pour défendre ses habitants contre les Mycoloïdes qui tentent de s’infiltrer dans leur monde…

Zan 432 soupira. «La Terre? Autant retourner à l’âge de pierre!»

—Vous avez un mois pour vous préparer et apprendre quelques coutumes. Sur place, vous devrez rédiger des rapports hebdomadaires sur vos observations de terrain ainsi que sur vos apprentissages. Enfin, votre tuteur sera le Saonu 618…

La jeune fille sourcilla. « Le Saonu 618? Non! C’est le plus intransigeant des Saonus! Ai-je été si mauvaise pour mériter une telle punition?» Zan 432 se pencha en une révérence polie et murmura:

— Avec tout mon respect, Saïnas et Saonus du jury ainsi qu’à la Saïna 263.

— Bien, acquiesça la Saïna 263. Que cette leçon vous aide à accéder à l’échelon suivant, soit celui de Kao. À la grâce de Gaïa, conclut-elle en dévoilant un sourire aux dents luisantes et étrangement pointues.

 

Tous les dessins sont ©2001-2008 Véronique Drouin

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